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Le succès de la stratégie britannique en faveur du Butor étoilé décrypté

Publié le 22 janvier 2026
© Antoine Dusart
© Antoine Dusart

Avec un effectif de près de 300 mâles chanteurs de Butors étoilés en progression constante, la Grande-Bretagne constitue l’un des principaux noyaux de la population nicheuse de Europe de l’Ouest. Et pourtant, les butors avaient failli disparaître une seconde fois de l’île à la fin des années 1990 alors qu’ils n’étaient plus que 11 mâles chanteurs.

Sans que la situation actuelle soit à ce niveau d’urgence, les gestionnaires d’espaces naturels ont vu en France les effectifs dégringoler très rapidement sur ces 5 dernières années. Le PNA Butor étoilé a donc souhaité analyser le retour d’expérience britannique pour mieux comprendre la stratégie qui a été mise en œuvre et s’inspirer.

Après une première rencontre en 2024 avec la RSPB, homologue britannique de la LPO France et membre du réseau BirdLife, l’idée d’organiser une mission d’étude sur site en début de mise en œuvre du PNA s’est imposée pour visualiser les pratiques de gestion des sites et échanger directement avec les gestionnaires. Elle a été inscrite au plan d’actions (action 04-3 de l’action « Restaurer des espaces en faveur du Butor étoilé et partager les bonnes pratiques).

 

3 sites visités

 

Avec le concours financier de CEMEX, une délégation française de dix personnes s’est ainsi rendue en Angleterre du 3 au 6 novembre 2025 à la rencontre des équipes de la RSPB. Elle était composée de gestionnaires d’espaces naturels (RNN de Chérine, RNN des Marais d’Orx, RNN des Marais du Vigueirat, Syndicat mixte Camargue gardoise), d’associations de protection de la nature (COGard, LPO France) et d’organismes publics (CEREMA, PNR des Boucles de la Seine normande).

La visite a permis de découvrir 3 hauts-lieux de la reproduction du Butor étoilé : Lakenheath Fen, l’ancien champ de carottes devenu zone humide, le site historique de Minsmere en marais arrière-littoral et Ouse Fen, une carrière toujours en cours de restauration. Si chaque site a ses spécificités, il ressort toutefois une approche commune qui ne laisse rien au hasard.

Une gestion active du milieu

 

La stratégie britannique est hautement interventionniste. Elle a consisté en la mise en œuvre d’actions lourdes de restauration de roselières allant jusqu’à l’étrépage, voire de création de zones humides avec la plantation à la main de centaines de milliers de plants de roseaux. Les roselières et les berges des fossés ont été profilés de sorte à multiplier les zones d’interaction entre les roseaux où le butor fait son nid et les zones en eau libre où il pêche.

Pour les Britanniques, il s’agit de faire entrer de l’eau dans les marais, beaucoup d’eau même jusqu’à 1m pour limiter les risques d’atterrissement et maintenir les roselières inondées. Sur les sites en question, l’eau circule grâce à un système de pompage qui permet d’avoir une gestion fine par compartiment.

Autre clé de la fonctionnalité d’un site : la ressource trophique. Là encore, les sites ont été conçus pour contenir des zones refuges afin que les poissons consommés par le butor puissent se reproduire. Un suivi des populations est mis en œuvre régulièrement pour s’assurer d’une abondance de proies.

Si la recette britannique ne pourra être mise en œuvre telle quelle en France, elle met au moins en exergue la nécessité de capitaliser sur les sites où la maîtrise des niveaux d’eau est possible afin d’optimiser les conditions d’accueil du Butor étoilé.

Tous les enseignements du voyage d’étude sont consultables sur le rapport complet.

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